L'histoire du Kommando: la vie à Stassfurt

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Le camp de Stassfurt

Le chant des marais:

Hymne européen de la déportation ce chant vit le jour dans le camp de concentration de Börgermoor, l'un des premiers camps nazis ouverts en 1933 . Il fut connu sous le nom de «Bôrgermoorlied». C’est une oeuvre collective.

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L'histoire du chant des marais

Au camp de Marienburg, un ouvrier mineur, détenu politique du nom de Johan Esser, suite à une très sérieuse brimade des SS, proposa un texte à ses camarades. Il fut accepté avec enthousiasme.

Un certain Wolfgang Langhoff qui était du milieu de la chanson et du théâtre, le repris et lui donna sa forme définitive.

Un autre détenu, Rudi Goguel, en composa la musique.

Mais comment composer de la musique quand on travaille douze heures par jour dans un marais?

Dans une interview, Goguel apporta la précision suivante : « Mes camarades et moi jugèrent possible de me soustraire au travail dans le marais à condition de m'infliger une blessure volontaire. Ce qui fut fait ».

En trois jours, à l’infirmerie, à l'aide d'une guitare qu'on lui procura, les oreilles bouchées par du papier mâché, pour atténuer le bruit des marteaux et des chants, ( les SS contraignaient les détenus à chanter sur les chantiers) il composa la mélodie de ce qui allait devenir « le chant des Marais » .

Il fut chanté quelques jours plus tard devant près de 1000 détenus, qui en reprirent aussitôt le refrain. Deux jours après il fut interdit dans le camp... mais il se propagea rapidement dans le milieu concentrationnaire, car les détenus de l'époque, changeaient souvent de camp.

Puis, il fut connu dans l'Europe entière, grâce aux détenus allemands évadés et réfugiés à l’étranger. Langhoff réussit à gagner la Suisse, où il rédigea son témoignage et fit imprimer le texte du chant.

D’autres rescapés de Börgermoor le firent connaître en Tchécoslovaquie, où il fut diffusé par Radio Prague.

« Le chant des marais » se propagea ainsi dans l’Europe entière.

La principale occupation des déportés, c'était "le travail" au fond de la mine et en surface.

Mais la principale préoccupation était de trouver à manger.

En voici quelques témoignages

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Je fus affecté dans le block 1. Le block était partagé en deux parties égales, séparées par une cloison percée d'une porte et chaque chambre recelait environ 120 déportés. Toujours ce souci d'intimité.

A l'extrémité de chaque block, un espace était réservé aux chambres des Kapos. Nous en avions 8, en majorité des polonais et 1 Chef de camp qui lui, était Allemand. Tous ces gens n'étaient pas des anges de douceur et se révélèrent vite de plats valets pour les SS et de sombres brutes pour nous. Je ne citerai que l'un d'entre eux nommé Yanneck. A tout propos il distribuait des coups de gummi (matraque faite de câble métallique entouré de caoutchouc) et gueulait ''Auschwitz !... Auschwitz !'' ce qui pour nous ne signifiait rien à l'époque, même s'il nous exhibait son bras tatoué. Il voulait nous dire par là qu'il avait été interné dans ce sinistre camp et qu'il entendait bien nous appliquer le même régime. Mais ça nous ne le comprîmes que plus tard, Auschwitz étant totalement inconnu de nous.

Qui était déporté à Stassfurt? voir La liste des déportés à Stassfurt

Le travail à la mine

Le décor étant planté, passons à la mine et à ses sous-kommandos, car tout le monde ne travaillait pas au fond, Moi...oui.

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Manger, la seule préoccupation quotidienne

Justement parlons en de ce qui était pour nous une véritable obsession. Le matin soit en partant si nous étions de jour, ou en rentrant lorsque nous étions de nuit, nous avions une louche d'orge, de malt et de gland, ainsi que le bout de pain et de margarine déjà évoqués. C'était tout pour la journée.

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L'hygiène... un bien grand mot.

Bien qu'arrivés dans un camp qui n'avait jamais été occupé avant nous, donc à priori propre, nous fûmes vite envahis par les poux et la vermine.

 

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A propos du froid.

 

Pour nous en protéger, nous récupérions au fond de la mine les sacs de ciment vide. Nous les enfilions sous notre veste après en avoir échancré le fond, et nous les enroulions autour de nos jambes en dessous le pantalon. ''Cette pratique n'est pas saine'' avait décrété l'horrible Wagner, le commandant du camp. Aussi, si nous étions pris à porter des sacs en guise de vêtements, nous étions punis de ''Piquet''. C'était la sanction la plus terrible. Le puni était condamné à rester debout, tête nue, revêtu de sa seule tenue rayée, les mains sur la tête et ce, jusqu'à ce que le SS lui dise de rentrer. Par moins 20° ou moins 25° on ne peut résister à ce régime. Il s'ensuivait immanquablement une pneumonie et dans les trois ou quatre jour le gars était plié.

Réflexions personnelles

J'ai appris une chose dans ces moments ultra pénibles de mon existence, c'est que l'homme est increvable. Il peut toujours aller plus loin dans l'épreuve avec la volonté et le moral, surtout le moral. Ceux qui ne l'avaient pas mouraient les premiers. Certes les constitutions des individus ne sont pas identiques, mais à choses égales, le moral prime toujours.

Je vous le rappelle, 102 morts en 7 mois. Et on voudrait nous faire croire que la population allemande n'était pas au courant de ce qui se passait ? Mais c'est impossible. Nous étions encadrés par des civils, des ingénieurs, des meisters...Ils avaient une famille, des enfants, ceux là même qui nous lanceront des cailloux en avril lorsque nous évacuerons le camp. Le soir ils faisaient comme tout le monde, ils racontaient ce qu'ils faisaient, ce qui se passait. C'est obligé. Donc les civils savaient.

Pierre BUR

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EN BREF: LA VIE A STASSFURT

     LE TRAVAIL

La journée au Kommando de NEU-STASSFURT était placée sous le signe du travail forcé. La plupart des détenus étaient employés comme terrassiers ou manœuvres, soit à la mine, soit dans divers kommandos en surface.

 

  •               LE TRAVAIL A LA MINE

Elle était située à quelques kilomètres de LODERBURG ET D'ATZENDORF, les plus proches bourgades, et à un kilomètre du camp. Le puits VI était un des principaux sites des mines de sel et de potasse de STASSFURT. Les Allemands le désignaient sous l'appellation : SCHACHT VI NEU-STASSFURT

En 1944, on distinguait sur le carreau de la mine les chevalets du puits avec ascenseur, deux cheminées dont une servait à l'aération du fond ainsi que des bâtiments administratifs et de logistique, des hangars et une voie ferrée qui menait à STASSFURT.

Dès leur arrivée, 300 à 350 déportés travaillèrent au fond, aux étages -400, -430 et -460 mètres. Divisés en deux équipes, une de jour nommée TAGLICHT, l'autre de nuit nommée NACHTISCH. Ils étaient employés, douze heures durant dans différents kommandos de travail chargés de creuser et d'aménager les immenses salles de la mine en vue d'y implanter une usine souterraine (fabrication de moteurs d'avions à réaction).

Leur travail essentiel consistait à dégager les galeries encombrées de blocs de sel à fabriquer le béton destiné à aménager ces salles, à transporter par wagonnets le sable, l'eau, le ciment nécessaires aux bétonnières.

Les déportés souffraient de l'air vicié qui régnait en permanence dans la mine où la poussière de potasse brûlait les poumons.

 

  •              LES KOMMANDOS DE TRAVAIL EN SURFACE

Ceux qui ne travaillaient pas à la mine étaient répartis dans plusieurs kommandos de surface situés à proximité du puits VII, à deux km du camp. Ils étaient uniquement composés de terrassiers. Ces chantiers avaient pour but de construire des routes, des tranchées, de poser des canalisations, d'extraire du sable, de creuser des trous pour un stand d'essai, clôtures, etc...

Le travail en surface était aussi long et exténuant qu'à la mine, mais si le froid y était plus vif, (souvent jusqu’à -20°C), le problème de l’atmosphère peu respirable était inexistant.

     LES EMPLOYEURS

La main d’œuvre concentrationnaire servait, avant tout, l'effort de guerre nazi. Tous ces kommandos de travail portaient le nom d'entreprises allemandes qui "louaient" les déportés à la Direction Générale des S.S.

A partir de 1943, les industriels allemands réclamèrent toujours davantage de main d’œuvre, sans s'inquiéter de savoir ni où ni comment on la recrutait, ni à quel point on la maltraitait.

Dans la plupart des secteurs industriels, les grandes firmes signèrent des contrats de travail concentrationnaires avec le R.S.H.A. (Service Principal de la Sécurité du Reich).

Les groupes industriels qui exploitaient les déportés à NEU-STASSFURT étaient essentiellement: Walzer, Severin, Schmielau, Siemens, Max Poppel.

 

Kommandos de la mine:

Kalag Jour et Nuit:

  •  

    • Mise au gabarit, nivellement et déblaiement des salles et galeries d'accès. transport des déblais.

    • Bétonnage des salles (sorte de grands Halls).

    • Confection et transport du béton: ainsi que l'approvisionnement en eau, ciment et sable.

    • Les sacs de ciment étaient transportés à dos d'homme, les wagonnets poussés par les seuls détenus.

 

Walzer transport Kalag machines Siemens:

  •  

    • Acheminement des machines-outils aux salles.

    • Mise en place et fixation des machines outils.

  • Lignes électriques, téléphoniques, éclairage des galeries, branchement des machines - outils.

 

Kommandos de Surface:

  • Arbeit (puits VII)

    • Terrassement en carrière.

    • Construction de bancs d'essais de moteurs à réaction

  • Walzer (câbles)

    • Pose de câbles en tranchées

  • Preussag (Séverin)

    • Creusement tranchées pour câbles

  • Kiesgrube (Séverin)

    • Extraction de sable

  • Hambi (Séverin)

    • Terrassements et travaux divers.

  • Puits VII (Séverine)

    • Construction d'un château d'eau, de baraques pour ouvriers, déchargement de wagons.

  • Zambau

    • Pose clôtures, transport de panneaux pour l'agrandissement du camp.

 

N.B. Par la suite, certains de ces groupes industriels de renommée mondiale, se sont établis en France; et ont même bénéficié de l'apport de capitaux industriels Français.

Un déporté témoigne.

 

Le 14 septembre, au cours d'un appel matinal, 500 d'entre nous, dont j'étais, furent désignés pour un ''transport''. Nous avions entendu parler de ces transports et les anciens ne nous en disaient aucun bien. La vie était rude à Buchenwald, que dans ces petits camps satellites appelés ''Kommando'', disséminés dans un vaste rayon du camp principal pouvant aller jusqu'à 200 kilomètres. Il y en avait un qu'il fallait éviter paraît-il : Dora. Pour nous ce n'était qu'un nom, et puis comment éviter tel ou tel ''Kommando'', nom qui désignait aussi le transport ?

Nous nous dirigeâmes vers la gare où nous avions débarqués trois semaines plus tôt et embarquâmes dans des wagons à bestiaux pour une destination inconnue et qui se révéla être Stassfurt. Rien à voir avec ce que nous avions subi de Compiègne à Buchenwald. Le trajet ne dura que quelques heures pour franchir les 200 kilomètres qui nous séparaient de notre futur lieu de résidence. Les wagons étaient partagés en deux parties, les portes étaient grandes ouvertes, mais au milieu, plusieurs SS armés jusqu'aux dents avaient pris place. Nous devions rester obligatoirement assis sans bouger. Toute évasion était totalement impossible. Entre nous, où aurions nous bien pu aller, en Allemagne centrale, habillé en bagnard et ne parlant pas un mot d'Allemand ?

Arrivés en gare de Stassfurt, nous prîmes le chemin du camp qui se trouvait à une dizaine de kilomètres de là. Nous aperçûmes alors des chevalets de mines. Charbon ou sel pensions nous ? il y avait les deux, mais pour nous, ce fut la mine de sel... de potasse, ce qui n'arrangeait rien.

Le camp planté au milieu d'une lande triste à mourir dans laquelle était extrait de la tourbe, c'est vous dire la richesse du lieu, était tout neuf et composé de 5 blocks (baraquements). Deux pour recevoir les déportés, un pour la logistique notamment les réserves SS et le sanitaire réduit à sa plus simple expression, et deux plus petits destinés à la cuisine et au ''revier'' (infirmerie). Dans celle-ci, il n'y avait strictement rien, mais rien de rien, pour soigner les malades, sinon quelques grabats. Ceux qui y furent affectés ne manquèrent pas de mourir.
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L'organisation des camps

Il me faudrait dire deux mots sur l'organisation du camp, non seulement à Stassfurt mais aussi à Buchenwald, l'une étant calquée sur l'autre.

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