... et après la déportation: les interventions.

En 2021 disparaissait le dernier déporté de l'Amicale des déportés de Neu-stassfurt et Président de l'association: Pierre Bur. Désormais, il n'existe plus personne pour apporter des témoignages vécus aux nouvelles générations.
Cependant, de leur vivant, les déportés n'ont pas manqué une occasion d'apporter leur témoignage de cette terrible époque. L'amicale s'efforcera d'informer toutes les générations confondues pour ne jamais oublier et faire que plus jamais nous ayons à revivre de telles souffrances.
Voici quelques exemples d'interventions passées de nos déportés à qui nous devons tant.
Mardi 09 Mars 2010: Marcel Colignon à l’honneur dans LE COURRIER PICARD :
Photo: Hortense, Bruce, Nathalie Demazeau (professeur d'histoire), Bérengère et Anthony entourent Camille et Marcel Colignon.
ABBEVILLE Quatre lycéens en Résistance.
Quatre lycéens de Boucher-de-Perthes participent au concours organisé par la fondation de la Résistance. Dans ce cadre, ils ont rencontré Marcel Colignon, ancien résistant et déporté.
L'œil est encore vif et la mémoire intacte. Marcel Colignon, 87 ans, connaît « son » histoire par cœur. L'histoire d'un gamin d'Abbeville qui a connu les bombardements, l'exil, la Résistance, la prison, la torture et la déportation. Cette histoire que d'autres gamins découvrent aujourd'hui dans les livres d'histoire, sans toujours mesurer la signification des mots, de l'horreur, de la souffrance et des destins brisés.
Samedi, pour quatre élèves de seconde du lycée Boucher-de-Perthes, cette histoire a soudain pris corps. Cette histoire avait un visage, celui de Marcel Colignon. Dans le cadre d'un concours national organisé par la fondation de la Résistance, sur le thème de l'appel du 18 juin, ces quatre lycéens ont voulu aller plus loin. Hortense, Bérengère, Bruce et Anthony, orientés par une association abbevilloise d'anciens combattants, ont eu le privilège de rencontrer ce jeune homme de 87 ans et son épouse, Camille, tous deux originaires d'Abbeville et aujourd'hui installés à Vignacourt.
« C'est surtout la présence des Allemands qui m'a donné envie de résister »
Pendant deux heures, l'ancien résistant, déporté à Buchenwald en 1944, a expliqué sa guerre aux lycéens. L'exil en Dordogne, après les bombardements d'Abbeville en mai 1940, son entrée dans la Résistance, ses séjours à la prison d'Abbeville, au camp de transit de Compiègne. Puis le voyage éprouvant, parqué dans un wagon à bestiaux, trois jours durant, sans boire et sans manger, à destination du camp de Buchenwald, en Allemagne.
Revenu de l'enfer, Marcel Colignon n'a cessé, depuis, de raconter cette histoire. « Pour me mettre en avant, bien sûr », plaisante l'ancien résistant. Face à lui, les quatre lycéens n'en perdent pas une miette, noircissant des pages entières ou immortalisant la rencontre avec un caméscope.
« C'est très intéressant et très touchant, commente Bérengère, passionnée d'histoire et qui participe au concours pour la deuxième année consécutive. Quand on étudie cette période à l'école, on ne mesure pas vraiment la réalité des choses. Là, c'est du concret, cela fait quelque chose. »
Également du déplacement, ce jour-là, Nathalie Demazeau, professeur d'histoire au lycée Boucher- de-Perthes, savoure le récit tout autant que l'implication de ces adolescents. Pourtant, la rencontre n'aura que très peu tourné autour du sujet du concours, l'appel du 18 juin 1940. En exil en Dordogne, Marcel Colignon ne l'a pas entendu. « C'est surtout la présence des Allemands qui m'a donné envie de résister. »
Hortense, Bérengère, Bruce et Anthony ont pratiquement l'âge de Marcel Colignon lorsqu'il a fait ce choix. Auraient-ils fait le même. « Je ne sais pas, réfléchit Hortense. Mais participer à ce concours, quelque part, c'est une forme de résistance. »
FABRICE JULIEN
Raphaël Mallard prend toujours son bâton de pèlerin pour porter la bonne parole aux plus jeunes. Il intervient surtout dans les classes de 3ème de sa région.
Les lettres qu’il reçoit en retour sont souvent émouvantes. Elles prouvent surtout que l’histoire même enseignée de façon objective ne peut transmettre qu’une vérité incomplète puisque l’émotion y est absente !
 
En voici quelques extraits :
Vendredi 22 avril 2011
Pierre Bur témoigne devant une classe du lycée Théodore de Banville à Moulins dans l'Allier.
 
« Tout d’abord, j’aimerais vous remercier pour votre intervention, vous m’avez vraiment touché. Heureusement que des hommes qui ont vécu cette sombre époque viennent en témoigner aux plus jeunes, jamais les horreurs qui ont été commises doivent être oubliées. J’avais vu des images et des vidéos de ces massacres, de ces tortures, mais qu’un homme qui ait vécu cela nous en parle, nous fait encore mieux comprendre à quel point la 2ème guerre mondiale a été affreuse. Survivre au camp a vraiment dû être horrible. Je me sens redevable envers tous ces gens qui ont souffert et qui se sont sacrifiés pour la France, alors que certains dénonçaient amis et familles aux nazis et aidaient à la collaboration.
Les hommes sont des bêtes, jamais ils n’ont cessé de s’entretuer pour des choses futiles, les croyances de l’un, de l’autre. Dès qu’un fou souhaitait gagner des territoires ou encore exterminer des peuples on le suivait sans broncher.
Comment peut-on prendre plaisir à torturer et à tuer des gens ? Comment peut-on remplir des fosses de cadavres squelettiques ou réduire des centaines d’autres en cendres ? A quoi les nazis pouvaient –ils penser en commettant toutes ces atrocités ?
Si des hommes, des femmes, des enfants n’avaient pas eu le courage de se lever et de dire « assez ! » que ce serait-il passé ?
Le monde que l’on connaît aujourd’hui ne serait pas le même.
Je vous remercie encore pour ce que vous faîtes et suis désolé pour tous ceux que vous avez vu disparaître et pour les horreurs que vous avez vécu. » Arthur. R
 
« Votre intervention m’a beaucoup émue, comme elle a ému tout le monde. Mais, je l’avoue, sur le coup, quand on vous écoute, on ne croit pas vraiment ce que vous dîtes, on le sait, mais on n’arrive pas à s’imaginer tant d’acharnement (comme les familles qui retrouvaient les leurs mais ne croyaient pas leur histoire). Si je devais citer une seule scène de votre discours, je crois que ce serait celle lors de la « marche de la mort », la punition infligée aux Français qui avaient attrapé le lapin, elle m’a vraiment marquée.
Ce que j’ai aimé dans votre récit, c’est le passage sur la résistance parce que je ne savais pas trop ce que c’était (je me l’imaginais comme dans le jour le plus long) et aussi le passage dans le train, car on a des images des camps mais dans les trains, j’ignorais totalement comment ça se déroulait.
Je vous remercie infiniment. » Fille X
 
« Je voulais vous remercier pour ce témoignage remarquable, très émouvant et très intéressant.
Votre récit m’a fait encore prendre plus conscience de ce qu’ont pu endurer les personnes déportées.
Beaucoup de choses m’ont touchée mais l’une des plus remarquable est le voyage à Buchenwald . Ces wagons bondés, insalubres et si effrayants m’ont émue tout au fond de mon cœur. De plus la vie que vous nous avez décrite est pour moi l’un des rares témoignages, car mon arrière-grand-père Victrine. L (peut-être le connaissiez-vous) a été lui même déporté et je ne sais quasiment rien de ce qu’il a enduré !…
Je me suis rendue compte avec votre récit que l’on peut prétendre connaître beaucoup de choses sur la déportation mais on ne peut rien savoir tant qu’on ne l’a pas vécue… » Zélie.L
 
Vous m’avez beaucoup ému mais le moment qui m’a le plus touché c’est lorsque vous avez parlé de la « marche de la mort » et de vos amis qui se sont laissés tuer par les S.S.
J’aurais juste voulu que la minute de silence dure un peu plus longtemps. Encore un grand merci et bravo pour votre combat » Garçon X
 
« Je vous remercie infiniment de vous être déplacé jusqu'à nous pour nous évoquer votre histoire si dure et tragique. Elle m'a touchée et j'avoue que certains passages m'ont choquée.
Vos actions de résistance face à ce cruel régime sont couronnées de bravoure et de courage qui nous rendent admiratifs. risquer sa vie tous les jours pour sa patrie et le bien d'autrui est sans aucun doute le plus bel acte de courage.
L'arrestation, et notamment l'acte de torture sont particulièrement durs à entendre. La cruauté de ces hommes, qui ressemblent à des machines est tellement saisissante et impressionnante qu'elle nous paraît irréelle.
La vie dans le camp m'a beaucoup étonnée puisque j'aime beaucoup l'histoire notamment cette partie du programme, je m'efforce de comprendre pourquoi tant de haine et comment des hommes ont pu vivre dans des conditions pareilles. Tout cela a du être si dur et comme vous le disiez si bien, la faim devait vous ronger tous. J'avais un sentiment de culpabilité car je n'ai pas vécu cela et pourtant je me dis pourquoi eux? Pourquoi?
Que de questions qui seront sans réponse. La Marche de La Mort, je ne saurais quoi vous dire de peur de faire remonter des souvenirs passés et de vous blesser. Mais toute cette torture a dû être horrible comme le fait de voir vos camarades mourir devant vos yeux juste pour le plaisir de ces bourreaux sans cœur. De ne rien manger et d'être alors obligés d'arracher un peu d'herbe. De marcher des distances inhumaines.
Inhumain, Inhumaine serait le mot pour qualifier votre histoire. Et encore cela montre combien vous êtes un modèle de courage et bravoure.
Je vous admire pour tout ce que vous avez subi, vécu et pour vos camarades restés là-bas, vous les honorez avec émotion et sincérité. Merci de tout mon cœur. » Justine. V